The 7th Citadel

La 7eme merveille du monde ludique ?


Caractéristiques :

De 1 à 4 joueurs

14 ans et plus

Développement : Serious Poulp

Édition : Serious Poulp

Durée : 2/3h par chapitre


On l’attendait depuis longtemps. Trop longtemps diront certains. Financé sur Kickstarter depuis 2020 à hauteur de 1000%, successeur d’une des plus grosses réussites de la plateforme en matière de jeu de société, voici The 7th Citadel. Le dernier bébé des Serious Poulp débarque gentiment dans nos ludothèques en ce début d’année 2024. Sans plus attendre voyons ensemble ce que nous réserve ce mastodonte. Tout cela sans spoilers ni langue de bois.

Les origines.

Faisons un peu d’histoire avant d’entrer dans le vif du sujet. En 2015, l’équipe française des Serious Poulp, composée de Ludovic Roudy et Bruno Sautter, ouvre une campagne Kickstarter pour un jeu aux ambitions incroyables : retrouver le plaisir des « livre dont vous êtes le héros » sur un jeu de plateau.

6 aventures. Plus de 1000 cartes. Plus de 1000 minutes de jeu par aventure. Et un système de sauvegarde d’une simplicité et d’une efficacité déconcertante. Avec ces atouts, la campagne explose les compteurs de Kickstarter : presque 2500% de financement reçu sur la première édition. Et plus de 17000% sur la seconde qui ajoutait de nouvelles histoires et mécaniques. Des dizaines de milliers de mécènes découvrent un jeu de survie difficile et exigeant qui tient toutes les promesses annoncées par ses 2 créateurs. Le travail réalisé est absolument gigantesque.

Résultat : Le jeu sorti en 2017 est resté plus de 4 ans dans le top 100 global sur BoardGameGeek et garde encore aujourd’hui une aura non négligeable.

Le passage obligé

Fort de ce succès, l’équipe annonce en 2020 une nouvelle campagne de financement. L’excitation est à son comble et le lancement est un véritable succès : 4300 fans bouclent les dons en à peine 30 minutes ! Le développement du jeu se poursuivit durant encore 4 ans. Cela peut paraître long mais je rappelle que les concepteurs/développeurs sont seulement 2. Avec pour mission d’illustrer plus de 1000 cartes, de concevoir des campagnes devant rester palpitantes sur plusieurs heures, de réaliser de nombreux play-tests, d’ajuster des dizaines d’éléments, de peaufiner chaque détail pour nous offrir quelque chose d’exceptionnel…

The 7th Citadel.

Et c’est en février 2024 que les backers reçoivent enfin leur récompense. Et quelle récompense ! Dans une boîte sobre à la robe grise on va retrouver le gros millier de cartes au format carré bien connu des amateurs de The 7th Continent. Un livret de règles bien épais (28 pages). 2 campagnes, appelées « menaces », d’une trentaine d’heures chacune, sans oublier 1 menace d’introduction de presque 2h.

A noter, ce scénario d’introduction est à refaire à chaque fois que l’on lance une nouvelle menace. Il ne faut donc pas le négliger et les choix qui y seront faits pourront avoir un impact sur la suite.

En plus, comptez également des fiches de progression dont on parlera plus loin. Une carte du monde évolutive et un livre de dialogues de plusieurs dizaines de pages avec des centaines d’entrées. Ces 3 derniers éléments sont parmi les grandes nouveautés de ce jeu qui, de prime abord, semble très proche de son grand frère. En apparence seulement.


Quels sont les points communs et les divergences entre les 2 réalisations du studio ?

Si proches…

Le premier point commun qui saute aux yeux dès le déballage ce sont les cartes des lieux et des compétences quasiment identiques au précédent opus. Ces cartes représentent chaque aspect du gameplay : les lieux, les événements, les quêtes, les objets, la météo…. Tout est sous forme de carte. C’était déjà génial il y a 6 ans, ça l’est toujours aujourd’hui. Surtout quand il s’agit de sauvegarder et relancer une partie. On empile nos cartes dans un certain ordre, on les mets dans la boîte derrière un intercalaire dédié et c’est fait. 30 secondes. Pas plus.

Le coeur du gameplay

Et les scénarios dans tout ça ? Là où The 7th Continent proposait 6 campagnes longues, difficiles, axées sur la survie pouvant durer 20/30h, The 7th Citadel propose des menaces également de 20/30h mais cette fois découpées en chapitres de 2h environ. Chaque partie étant plus courte, la sauvegarde se retrouve limitée à une seule fois.

Autre point commun, la résolution des événements. Il faut obtenir un certain nombre d’étoiles en dépensant un minimum requis d’énergie, avec ou sans objet pour nous aider. La réussite nous permet de débloquer un lieu, d’obtenir des ressources,… L’échec nous pénalisera parfois par une blessure, une perte d’objet,….

Cela nous amène à la gestion de l’énergie. Chaque joueur démarre la partie avec 20 cartes dans sa pioche. C’est sa réserve d’énergie. Chaque action en nécessitera plus ou moins selon la difficulté et les affinités du personnage. Quand on arrive à cours de cartes, on reconstitue sa pioche en échange de points de vie. Se retrouver à court de points de vie déclenche la fin de la partie pour le personnage et l’échec de la campagne si c’était le dernier encore en vie.

3 étoiles obtenues en dépensant 3 énergies

…et pourtant si différents.

Venons en maintenant à ce que le jeu propose de nouveau.

Un des premiers éléments marquant à l’ouverture de la boite est le livre de dialogues. Adieu au jeu de survie bienvenue au jeu d’aventure narratif. On va rencontrer beaucoup de monde durant nos péripéties et les échanges seront lisibles dans le livre dédié.

Attardons nous ensuite sur les fiches de progression. Nouveauté importante et cœur du nouveau gameplay, c’est dans ces dernières que les joueurs prennent des notes, achètent des compétences, construisent ou améliorent des bâtiments, consignent les quêtes secondaires. On a là le coeur du nouveau gameplay, qui favorise l’exploration et la découverte plutôt que la survie. Petit bémol, il n’y a que 4 fiches fournies mais il est possible de télécharger de nouveaux feuillets et une seule fiche est nécessaire pour consigner les actions de tous les joueurs présents.

Autre élément nouveau, la carte du monde évolutive. Elle représente le monde plusieurs siècles avant le déroulement du jeu. Elle est découpée en carrés de la même taille que toutes les cartes. Chaque carré est en réalité une pochette transparente dans laquelle on pourra glisser une carte dite « mappemonde » qui corrigera les erreurs de la carte d’origine. C’est bien vu, astucieux et très bien réalisé. Cela nous pousse à aller toujours plus loin dans l’exploration et à envoyer des éclaireurs en mission de reconnaissance (et oui, encore une nouveauté).

La carte du monde évolutive

Il y a plein d’autres évolutions mais je vous laisse les découvrir.


Et le matériel dans tout ça ?

Les cartes sont de très bonnes factures avec un aspect brillant. Les intercalaires (qui permettent de ranger les cartes par numéro) sont épais et solides. La règle du jeu est au format A4, cela permet d’avoir une écriture aérée et facilite la lecture, avec une 4eme de couverture qui rappelle l’iconographie du jeu. La carte évolutive est très résistante et même la présence des pliures n’est pas du tout problématique (il faut bien une solution pour la ranger dans la boite de toute façon).

Les compteurs de point de vie, en plastique, font un peu cheap visuellement (sûrement à cause des couleurs choisies) mais sont très agréables à utiliser. J’ai quelques reproches à faire sur les standees (vous savez, la représentation en carton épais de notre personnage faisant office de pion), qui sont, comme dans The 7th Continent, trop petits. La version Collector vient avec des figurines qui cumulent les défauts des marqueurs de point de vie et des standees : trop petits, dans des couleurs plus que douteuses, et qui ne colle pas du tout à l’univers du jeu. Ils ressortent très bien sur le plateau mais que c’est laid ! Une couronne colorée amovible au niveau du socle aurait eu un bien meilleur rendu visuel.

Une marqueur de points de vie

Les illustrations sont toujours sublimes, bien plus fines et détaillées que dans The 7th Continent. On reconnaît la patte de Ludovic et on imagine la quantité astronomique de travail que cela représente. Les icônes, pour la plupart déjà connues, sont toujours aussi claires et explicites. Les ajouts sont très bien intégrés, que ce soit dans les règles ou dans le gameplay.


La narration est excellente avec des menaces prenantes et surprenantes dans un univers cohérent et immense. On n’est pas au niveau d’un Tainted Grail mais les ambitions sont moindres et l ‘équipe (et les moyens) plus limités. Le travail accompli est déjà tellement énorme pour 2 personnes. La passion est là, elle se ressent à chaque couloir.

Une entrée du livre des dialogues

Notons que la fin d’un chapitre n’est pas la fin de l’aventure. Nos actions passées auront des conséquences sur toute la durée de la menace. Tout est persistant dans ce monde qui évolue au rythme de nos choix et des résultats des événements auxquels nous aurons pris part.

Ajoutons que la menace d’introduction est très bien conçue. Elle nous fera découvrir une très grande majorité des actions possibles (anciennes et nouvelles) et des nouveaux mécanismes de progression (bâtiment, mappemonde,…). Elle installe les bases de notre aventure, de notre communauté et c’est avec lui que nous prendrons nos premières grandes décisions.


On en pense quoi alors ?

Je pense que les Serious Poulp ont trouvé le bon équilibre entre survie et exploration/narration. Ce qui rendait le jeu The 7th Continent très difficile est ici lissé et les nouveautés rendent le jeu beaucoup plus riche et plus accessible. L’apprentissage est certe un peu plus long, car il y a plus de possibilités, mais les parties sont au final moins stressantes. Le choix de découper les menaces en multiples scénarios plus courts (2h) tout en limitant le nombre de sauvegarde (mais accessible de n’importe quel lieu sans conditions) est également très judicieux. On a maintenant une conclusion et une progression de l’histoire à chaque partie. Ce n’était pas toujours le cas dans le jeu précédent. Important à noter : il n’est plus la peine de chercher à faire du feu coûte que coûte et la chasse à la nourriture (et son côté farming) est bien moindre. C’est un gros soulagement mais il faut quand même pouvoir donner à manger à nos aventuriers de temps en temps.

L’arbre d’évolution de notre communauté

Le jeu ne cible plus vraiment les mêmes types de joueurs en diminuant son aspect survie et cherche à élargir son public. Espérons qu’une version retail soit disponible dans les mois à venir pour qu’un maximum de monde puisse découvrir l’univers concocté avec passion par le duo.

Pour conclure, je dirais que nous avons là un excellent jeu d’aventure qui tient toutes ses promesses. Plus complexe mais moins difficile que son prédécesseur, il plaira à celles et ceux qui cherchent une aventure haletante, pleine de rebondissements, soutenue par une narration poussée.

Un grand merci à Ludovic et Bruno pour cette réalisation. On y retourne de ce pas pour explorer les moindres recoins de cet univers incroyable.

Ma note

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